Road trip en Provence

Le premier périple d’une longue histoire – nous l’espérons – s’est déroulé la deuxième semaine de juin 2015.

Direction Aix en Provence (par hasard), bardé d’une liste d’adresses finement ciselée par Etienne. Je dois vous dire que je n’en menais pas large… et si on passait pour des rigolos, conspués par la profession, avec un visa de touriste imprimé sur le front….

La vérité était tout autre à notre grand plaisir…

Départ le matin dans la magnifique FIAT de location (vous savez celle avec le coffre sans coffre) et direction Palette. Le nom de l’appellation est joli, les vins le sont également. Très peu de domaines (quatre je crois), dont un très connu (Château Simone), mais qui, quoique très bon et qui vieillit très bien, n’a pas la sympathie associée au nom.

Première dégustation du matin au Château Henri Bonnaud, qui nous met bien en bouche pour le reste de la journée. Patron sympa (j’espère que les ligaments croisés vont mieux), caveau de dégustation tout neuf et design, entrée de gamme très fraiche et parfumée. On parle moustiques, abeilles et insecticides… et un peu vin.

Ca y est, on est parti, la journée commence bien.

Nous sommes montés ensuite au Domaine des Masques, sur le massif de la Sainte Victoire. Route très sympa dans la garrigue, la FIAT souffre, rebondit dans les ornières mais monte néanmoins au son des grillons (ou des cigales… je ne sais plus, mais ça faisait du bruit). Ce domaine se mérite, mais une fois arrivés quelle vue sur la vallée !

Accueil très sympa de Pauline qui nous fait faire le tour du propriétaire et ensuite déguster les vins (voir CR dégustation sur autre article). Il faut vraiment que l’on y retourne prendre des photos.

Lavande à Chateau Margüi

Ensuite nous avons fait chauffer le moteur pour aller du coté des Coteaux Varois au Château Margüi … moteur qui s’est refroidit sous la pluie battante. Pourquoi cette propriété…tout simplement parce que pas très connue et diffusée, et la curiosité du vin « nature » associée au domaine a fait le reste. Pas de regret. Excellent accueil de la charmante Elodie, superbe propriété entièrement retapée dans le style des maisons provençales d’antan. Les vignes ont été replantées en 2000 et cultivées en bio.

Avons fait la dégustation avec un Italien en goguette, grand fan des rosés de Provence, recherchant surtout l’aspect festif et facile à boire. Il est reparti avec deux magnums (d’ailleurs très jolie forme carrée des bouteilles), sans pouvoir s’empêcher de négocier un 75cl gratos :)

Nous avons été plus sérieux ( !) et avons tout goûté. Nous avons pris sur nous pour cracher, mais bon, faut apprendre les contraintes du nouveau métier… en tout cas domaine à suivre.

Ensuite direction Cassis…. Et galère, autoroute prise dans le mauvais sens, 150 km au lieu de 40 km… la FIAT a craché ce qu’elle avait dans le ventre (dans la limite des kilomètres disponibles), pas un mot dans la voiture. Nous avions RDV au Château Barbanau à 18h00, et sommes arrivés à 17h59. Une minute pour tout savoir, challenge qui ne nous fait pas peur ! Rencontre avec le deuxième italien de la journée, une italienne en l’occurrence, qui nous a accordé 10 minutes supplémentaires sur notre bonne tête. Même si la séance démarrait mal car nous avons fait une arrivée de type ravitaillement de formule 1, ce qui a généré un «léger » nuage de poussière sur les vignes….comme la cavalerie, en retard et beaucoup de vent.

Néanmoins, 13’ d’une intense dégustation, où nous avons eu le premier vrai frisson de la journée. Suspense ! En effet, et on nous avait prévenu, c’est du Cassis mais pas vraiment du Cassis (pour faire du Kir ?). En tout cas un vin qui fait couler localement beaucoup d’encre, ce qui est assez paradoxal vous l’avouerez. Le sujet de « discussion » vient d’un blanc très atypique pour la région, une cuvée élevée sous bois, très gras, vin de gastronomie, loin des standards du Cassis fleuri et vif. J’en aurai dans ma cave perso, na !

Et pour couronner le tout, le caveau pourrait servir de décor à « Out of Africa » avec de superbes photographies animalières de la patronne, férue d’Afrique.

Ensuite, direction Cassis port pour retrouver notre magnifique chambre d’hôtel de 6 m2, ventilateur fourni et lits à étages. Il n’y a pas de petites économies. Dernier stop à la « Ferme blanche » à l’entrée de la ville (village ?). Surprise, nous tombons sur le sosie de Lino Ventura, version « tonton », qui manque de nous foutre à la porte après un mauvais joke. Néanmoins, après quelques civilités de part et d’autre, nous devisons plus sereinement sur les bienfaits du blanc à l’apéro (mais pas plus de 3 verres car les képis se multiplient comme à Cana). Et là, tranquillement, nous goûtons à la gamme, courte, les trois couleurs plus un blanc de soif (et donc à même de remplir la fonction vitale des 3 verres) appelé Bling. Pas osé demander si ce vin avait déjà été référencé à l’Elysée… et bien, une simplicité de bon aloi, du fruit, de la glisse, pas de prétention extrême si ce n’est d’être un vin copain, facile dans les 3 couleurs… alors pourquoi pas ?

La journée se termine bien !

Soirée tranquille sur le port, terrasse et poisson, avec un blanc du coin évidemment. De toute façon pas autre chose. Tous sont présents (sauf Barnabau… bizarre), tous au même prix à un poil près. Avons lampé un Clos Ste Magdeleine, rien à dire.

Quelques pointus

L’objet du délit !

Cassis de nuit

Deuxième jour, on ne s’étend pas sur les 6 m2 et les moustiques, et on continue le local dès 8h30. Après le dentifrice et le café, la première goutte de blanc fait un drôle d’effet. Mais bon, ne dit-on pas que c’est le matin que l’on déguste le mieux… et on a dégusté, au propre comme au figuré !

Démarrage donc au Domaine Fontcreuse (toujours sur Cassis) Rencontre avec le propriétaire, très sympa, aimant parler et raconter son histoire et ses envies. Le domaine expérimente un élevage en cuve ovoïde (un œuf quoi !) de 895 litres (soit beaucoup d’omelettes), avec donc un échange air / vin différent de celui du bois. On goûte, on crache, on écoute, sérieux le matin.

Ensuite nous tenions à rencontrer Luc Sorin car nous avons gardé un souvenir ému de sa période bourguignonne où à Saint Bris le Vineux il produisait un génialissime Irancy « Jules César », du nom du cépage César. Vu la fille et la maman. La famille a mis du temps pour se faire accepter à Bandol. Les Vins sont originaux, assez tanniques, pour amateurs de sensations fortes.

Nous nous sommes ensuite rendus au Domaine de L’Estagnol, proche de chez Sorin. Tout petit domaine, adorable vieille maison, tenu par la maman et sa fille. Elles sont arrivées à la viticulture par hasard après un décès dans la famille. La Dame est adorable, si je peux me permettre une version très souriante de Anne Bencht (la M de James Bond), elle nous a raconté avec beaucoup d’émotions leurs premières années de galère, la passion de sa fille pour ses vignes (alors qu’elle se destinait à être prof d’italien), la naissance prochaine d’une petite. Hasard, venait d’arriver le matin le diplôme de la médaille d’argent du « Mondial du Rosé) pour son Bandol 2014 (le cabanon d’Hélène)… fierté légitime :). 1,5 hectares en production…. Clients majoritairement particuliers via un excellent bouche à oreille. Mon petit chouchou !

Le beau diplôme

La cuisine de « dégustation »

Quittons le domaine à contre cœur, on s’y sentait vraiment bien, et route le Domaine Cagueloup. Le propriétaire du domaine nous a conduits dans une petite salle de dégustation (ou plutôt une boutique / cuisine de type provençal) ou l’on trouve pêle-mêle de tout : vins tout de même, huiles, produits de beauté, poteries … y compris du tabasco et de quoi faire un bon tartare car le patron semble y vouer une passion :) . Monsieur est un bon vivant… clin d’œil à ses mariages… et aime les rosés avec du corps. Il fait d’ailleurs partie du comité de dégustation de d’agreement des vins de Bandol. Approche classique mais très précise de la viticulture.

Et pour bien finir ce marathon matinal, nous filons vers le Domaine la Suffrene. Caveau de dégustation plus moderne, vaste, aéré, avec un beau bar. Accueil très courtois. Nous avons gouté à tout, les classiques, le haut de gamme, toutes les couleurs, les jeunes, les vieux… surtout midi approche. Je pense avec émotion à un bol d’olives, voir une pistache…

Le Castellet, ça monte !

Ensuite stop, break, pause car la matinée fut longue et nos palais commencent à demander grâce (et l’estomac du solide). Sommes allés faire les touristes au Castellet, magnifique cité fortifiée que je vous recommande. Nous sommes par hasard tombés sur un spot de chez spot. Farigoul : une vraie tonnelle, des plats comme à la maison, des petites marmitées (Staub) à se rouler par terre. Avons craqué sur une cocotte de rognons au lard corse et champignons… je ne me refuse pas le plaisir et vous la montrer avant et après :). Nous sommes aimables, nous tairons donc le nom du 50cl qui nous a accompagné pendant ce moment de pur bonheur, pas à la hauteur de nos dégustations du matin.

Au début

… et à la fin

La tonnelle

Requinqués et tout joyeux, nous sommes parti ensuite « ne pas faire la sieste » au Domaine la tour du Bon, l’excellent livre  Tronches de vin en main car la patronne y est (et est également amie avec Patrick Bottcher, co-auteur de Tronches).

Elle y est effectivement, et très sympa. Une après-midi comme on aimerait en faire plus souvent, avec des vrais passionnés de leur métier, leurs vignes, leurs expériences de tous les jours, et tous emprunts de philosophie positive.

Agnés Henry à de la lumière douce dans le regard, mais qui peut rapidement se mettre à briller et devenir ardente. Après une rapide description des « années Puzelat » du début, qui a permis de secouer le cocotier de Bandol et de la Mourvèdre, elle a façonné la Tout du Bon à son image, une biodynamie progressive, et a fait du tout bon de Tour de Bon. Sa rencontre avec l’Italienne Elisabetta Foradori l’a marqué, elle lui a enseigné l’art d’élever les vins en amphore. Habitée par l’envie de faire des choses nouvelles, elle ne se revendique pas dans la mouvance vins vivants, plutôt dans le respect du sol (bio), et des levures naturelles. Agnès aime les expériences. Nous avons fait le tour des cuves, admiré les 4 superbes amphores, vides pour l’instant, toutes fraîches, leurs chapeaux d’aluminium posés à coté. Les vins y séjournent 6 mois.

Nous sommes sortis de la Tour du Bon tout émoustillés d’une telle rencontre, et notre superbe bolide en a fait les frais. Une marche arrière sur les chapeaux de roue, mais une camionnette avait eue la mauvaise idée… Un peu de tôle et d’amour-propre !

Les belles dames

Et pour finir, non pas le meilleur mais encore une fois un vrai personnage au Chateau Gasqui. La révélation…arrivée à la bourre vers 17h00, et ensuite 2h30 avec François… Un vrai passionné, ancien oenologue consultant, a remis en question au château tout son savoir de « chimiste ».

A la lumière de fin de jour, visite du vignoble et de la vieille parcelle de 70 ans, qu’il venait d’arroser de cuivre naturel. 15 minutes de calme dans ce monde de brutes… on parle de calendrier lunaire, de la Coulée de Serrant, de Steiner (le pape de la biodynamie, son livre doit être sur la table de nuit), de sélection massale (rien à voir avec les Massaïs). De la passion à grand flot, et les minutes s’allongent.

Ensuite direction les chais. Avons goutés directement de la cuve en inox… du raisin en bouche, zéro soufre.

Puis nous sommes passés à du lourd, à savoir les vins rentrants dans la composition du « Corps et Ames », la haute couture du domaine, et directement à la barrique.

Grande pipette et verre, et on goûte (difficile de cracher), et on discute…Les rouges non assemblés tirent presque du 16°. Une puissance de feu, de la mâche, de la vigueur. On sent un vin dans les starting blocks, genre départ de 100m en finale des JO.

Intéressant : chaque barrique goutée séparément suivait sa propre logique et le vin était compréhensible. Avons testé un mélange des deux dans une carafe, l’association ne marche pas encore… pas de synergie, chaque vin reste campé sur son « égoïsme » et donc ne partage rien…à attendre. Comme quoi c’est un vrai métier.

Après les barriques, visite des foudres (de grosses barriques en fait) de 20 ans d’âge. Ils sont nettoyés tous les 5 ans pour le tartre (il faut être fin, courageux, un peu téméraire pour rentrer la dedans… J’imagine en riant Tyrion Lannister, il y serait dans son élément !)

Dernière discussion de nouveau enflammée sur biodynamie… Et François nous narre l’histoire de la petite japonaise venu le voir directement du Japon, qui a testé 40 échantillons avec sa tasse à thé « Ming » sans recracher… et qui a terminé… soutenue… pour rester compatissant avec les amateurs de culture et de sensations fortes.

En résumé nous sommes arrivés étrangers à 17h00, et nous voici maître de chai à 19H00 !

C’est chouette le vin en Provence.

Avons quitté à regret cet espace haut en couleur, et nous sommes revenu à la maison avec les bouteilles entamées chez Gasqui, que nous avons sifflées le soir même avec un poulet grillé aux épices en pleurant sur ce rapide voyage terminé.

Le chai « Corps et Ames »

Cave Château Gasqui

Moralité : ya du bon en Provence, ya des personnages haut en couleur, ya plein d’autres certainement, et nous allons continuer cette aventure parce les découvertes, c’est tout plein de surprises… En faisant attention aux marches arrières et aux voitures qui se garent sans prévenir, faut pas déconner :).

Bruno et Etienne Juin 2015

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