• Domaine de la Tourlaudière
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Pourquoi s’escrime-t-on à vouloir noter à tout prix les vins ?

Réflexions du jour.

Il y a déjà longtemps, j’ai découvert (certainement via Robert Parker pour ne pas le citer) des vins affublés de 95/100, 87/100, parfois 100/100. Et j’ai essayé de comprendre en bon (!) statisticien que j’étais à l’époque.

Je n’ai jamais trouvé la réponse, et je n’ai jamais compris.
Les grilles de notation ou d’évaluation, que ce soient pour les résultats scolaires, les enquêtes d’opinion, et donc pour le vin, sont faites pour pouvoir attribuer plus ou moins objectivement un score qui permet de refléter la qualité, la justesse, l’appréciation, l’amour, l’agrément, la satisfaction que l’on porte à quelque chose ou quelqu’un. Si tant est que l’on puisse donner une note à l’amour bien entendu.

Jeune, j’ai appris à aimer façon « marguerite » : pas du tout, un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie. J’arrive généralement à m’y retrouver avec cette échelle, même si le « score » que je donne à un moment peut être complètement différent le lendemain. Parce que mon humeur a changé, que je suis fatigué, que mon corps ou mon estomac réclame autre chose, parce qu’il pleut et que j’ai eu froid, bref mon appréciation évolue parce que je vis tous les jours un peu différemment, et j’en suis fort aise. Je ne suis pas une machine.

Les premières fois où j’ai été confronté à des notes, elles étaient sur 10 ou sur 20, et la partie la plus cartésienne de mon cerveau savait pourquoi. Je m’étais planté sur la table de multiplication, je n’avais rien appris la veille car l’appel des copains avait été le plus fort, ou j’avais mis un peu aléatoirement la Mongolie à côté de la Côte d’Ivoire. Allez savoir pourquoi. Chaque question était associée à une note, tout faux zéro, tout juste vingt, sauf si ma feuille avait été écrite avec les pieds car mes mains étaient occupées à une tout autre activité et là je perdais un point ou deux.

Plus tard, j’ai appris les mathématiques, puis les statistiques, ensuite ce que l’on appelle les techniques quantitatives, et toutes étaient liées à une certaine approche de la vérité ou de justesse. Avec la notion de précision, d’échelle et de granularité. Et de mesure. Et de faits tangibles. Et de distance. Entre 5 et 10 il y avait un rapport de 2, deux fois plus de réponses justes, de kilomètres, d’avis positifs… bref avec une métrique.

Et lorsque l’on parlait de ressenti, d’émotions, les notations étaient différentes, et l’on mettait des mots à la place des chiffres : plus, moins, beaucoup, pas trop, beurk, je kiffe… la fameuse marguerite évoquée plus haut que l’on a tous effeuillée.

Les neurologues parlent de cerveau droit / cerveau gauche, le rationnel versus l’émotionnel.

Et le vin là-dedans. Parle-t-on mathématiques ou émotions ? Quels sont les critères physiques, tangibles, précis ? Quelle est la vérité ? Y en a-t-il d’ailleurs ? De quelle autorité de goût ou de pensée se donne-t-on le droit d’administrer une note à un produit que l’on goûte, et souvent sur 100. D’ailleurs toutes les notes sont entre 80 et 100, 80 les banalités et 100 le Nirvana. Les 79 premières servent à quoi ? Pourquoi alors ne pas ramener tout à 20 demande le rationnel. Et quelle est la différence entre 95 et 96. L’un est terriblement bon et l’autre terriblement + bon ? Il est 1 % meilleur ?

J’ai vu récemment un dégustateur « sérieux » se confondre en excuse : « j’ai merdé, j’ai donné 87 à ce vin dégusté en primeur, et maintenant je lui donne 92 ». Et alors, ce n’est pas un scientifique que je sache. Il a peut-être changé de dentifrice depuis, et ses papilles réagissent différemment ! Ou alors il était aujourd’hui de bonne humeur ? On devrait la mesurer celle-là aussi.

On parle beaucoup à l’heure actuelle d’Intelligence Artificielle, le fameux IA qui fait peur à beaucoup d’entre nous. Que dirait cet IA à la sortie du resto où l’on vient de passer une soirée magnifique. Avec l’entrée, bu un 87/100, avec le plat un peu mieux, 91 et pour finir sur le dessert, un simple 80. Score du repas : 86. Peut mieux faire… l’émotion, elle est restée au vestiaire ? Paradoxalement, et la machine est perdue, le « petit » Limoux blanc noté 87 a totalement résonné ce soir-là avec la coquille Saint-Jacques snackée comme il faut, mais le pommard était fermé et n’a pas dialogué avec le ris de veau alors que le monbazillac nature a dansé la salsa avec le fromage bleu irlandais.

Le vin est une chose trop sérieuse pour le laisser entre les mains de comptables et de censeurs. Il parle au cœur, il parle à l’âme, il est poésie et profondément humain. Nous l’aimons sans machine à calculer et règle millimétrée, nous l’aimons pour le petit moment de bonheur qu’il est capable de nous apporter un jour sans hurler sous les toits sa note.

Le consommateur final a besoin de rêver, qu’on lui raconte une histoire, celle du vin, celle du vigneron. Derrière chaque bouteille il y a le plus souvent une aventure, un parcours et des convictions. Nous en avons tous besoin.

Allez, j’y retourne, je vais boire mon petit 80. A vot’santé.

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